Aujourd’hui l’identité est de plus en plus orientée non plus sur l’identité déclarative, mais sur l’identité agissante. La caractéristique principale de cette identité est qu’elle n’a pas forcément une correspondance avec la vie réelle : elle est une collection de traces liées à un individu, son sens s'élabore à travers des algorithmes. Le principe de l’informatique cognitive repose sur une association forte entre le moi virtuel, ses activités quotidiennes et les usages des technologies mobiles et connectées : applications mobiles qui décomptent toutes nos pratiques (poids, sport, scores…) associées à des pratiques informationnelles (recherche d’information, question…) et ajoutées à des publications en ligne. L’immersion dans l’internet cognitif implique la nécessité d’intégrer et de construire une identité numérique dans ses pratiques informationnelles

 L’identité numérique est constituée à la fois de ce que l’on fait et de ce que l’on donne aux autres comme représentations de soi en virtuel (profils des réseaux sociaux). Les catégories classiques de la communication ont explosé avec l’ère du web 2.0[1] avec la possibilité pour chacun de devenir son propre éditeur de contenu, car on ne se résume plus finalement à une catégorie d’âge et de classe, mais à un ensemble d’éléments qui, tous agrégés constituent notre identité numérique. Pour exister dans ce monde numérique, il faut l’investir personnellement.: plus je numérise l’ensemble de mes activités culturelles et sociales, plus elles sont tracées, plus l’ensemble des traces collectées donne un portrait affiné de ce que je suis et de ce que je fais, plus les outils s’adaptent à moi. L’usage des réseaux sociaux favorise de plus en plus la diffusion de multiples facettes d’un individu (social avec facebook, médiatique avec twitter, documentaire avec scoop-it, amoureuse avec les sites de rencontre…)

Le monde numérique est un espace virtuel, mondial, infini, sans frontières et sans espaces définis. On appréhende désormais ces territoires virtuels selon une approche culturelle et cognitive. Grâce à l’émergence des outils 2.0 et la possibilité de publier et participer au contenu présent sur les réseaux, l’individu oriente davantage ses usages informationnels vers des outils personnalisés et personnalisables pour mieux se repérer (veille avec les flux rss, curation, microblogging…). Cette personnalisation des usages est avant tout une façon d’investir ce nouveau monde informationnel afin de pallier le manque de médiation, l’objectif étant de se recréer un monde plus restreint et limité plus strictement dans une sphère informationnelle quasi-infinie, et retrouver ainsi les repères identitaires classiques de sa vie sociale. Virginia Heffernan[2] considère que les outils conçus avec des applications restreintes et fermées ont un large succès car ils permettent de reproduire les schémas sociaux classiques sur Internet, par la navigation en circuit fermé et un réseau social délimité.

Ce phénomène s’accentue considérablement avec l’exploitation des big data, à un niveau commercial mais aussi au service de l’utilisateur. Plus nous laissons de traces, plus nous alimentons l’index des outils que nous utilisons, plus ils s’adaptent à nos pratiques. Ainsi, si l’on considère l’évolution du web vers le 3.0 qui, selon les participants du festival South by Southwest Interactive, est centrée plutôt autour de l’ubiquité des informations, il en émerge l’idée d’une identité homogénéisée des internautes, immergée dans un espace hyperconnecté grâce à l’internet des objets et les outils mobiles.  On a alors la possibilité de se  connecter aux objets communiquants de son entourage en fonction de son profil (publicité ciblée, repérage géographique de vos contacts facebook, paramétrage personnel, centres d’intérêts, publications personnelles et professionnelles…). La prise en compte de l’identité numérique dans les nouvelles pratiques informationnelles permet à terme d’envisager une évolution du web vers une ère hyperindividualisée et hyperconnectée.

Bibliographie

Ertzscheid, Olivier (2009) : « L’homme est un document comme les autres », Hermès 53, 33-40

Georges Fanny (2009) : « Représentation de soi et identité numérique » Une approche sémiotique et quantitative de l'emprise culturelle du web 2.0, Réseaux, 2009/2 n° 154, p. 165-193. DOI : 10.3917/res.154.0165

Heffernan, Virginia (2010) : “The death of the open web”, New York Times, 17 mai 2010

Merzeau Louise (2009) : « Présence numérique : les médiations de l'identité », Les Enjeux de l'information et de la communication, 2009/1 Volume 2009, p. 79-91.

 

 



[1] Merzeau Louise (2009) 

[2] Heffernan, Virginia (2010)