par Jean-Michel Valette,

Connaissez-vous Roger ?

Et bien, je suis sûr qu'au moins une petite partie d’entre vous ne connaît pas encore ce fameux Roger dont je vais vous parler aujourd’hui. Et il est fort improbable que vous l’ayez un jour croisé dans la rue tout près de chez vous. Et pour cause!

Roger T. Pédauque  – alias « Roger » -  est un personnage virtuel. C’est le nom donné à la signature collective de plusieurs travaux de recherche menés dans le cadre du Réseau thématique pluridisciplinaire « Document et contenu » du CNRS aussi appelé « RTP-DOC », réseau animé par Jean-Michel Salaün. Il s’agit à travers ce réseau de mener une réflexion sur le document dans son avatar moderne, le document numérique.

Au-delà de l’analyse lucide et structurante des transformations en cours, le projet n’élude pas toutes les conséquences pratiques que l’on peut tirer de ces réflexions théoriques.

NB: J'espère que vous serez plus malin que moi qui ai mis tout un week-end de réflexion intensive pour me rendre compte du jeu de mots existant entre RTP-DOC et R. T. Pédauque! Croyant dur comme fer que Roger. T. Pédauque était un collègue « en chair et en os » de Jean-Michel Salaun...jusqu'à ce que j'aille faire un tour sur le site participatif du réseau.

Ce travail de recherche pluridisciplinaire sur le document a donné lieu à une expérience originale d'écriture collective et collaborative entre chercheurs. Il a ainsi abouti à la rédaction de trois « opus », trois textes correspondant respectivement aux trois entrées retenues (1) par le projet de recherche: « Pédauque 1 » (08 juillet 2003) , « Pédauque 2 » (07 avril 2005) et « Pédauque 3 » (16 mars 2006). On peut d'ailleurs suivre sur le site les versions successives de ces trois textes qui ont abouti aux versions définitives que nous donnons en lien.

L'avantage de ces trois textes collectifs et pluridisciplinaires signés R.T. Pédauque est de nous offrir en seulement quatre-vingt-dix pages (!) un panorama de la recherche  menée en « info-com-doc » sur le document. Ainsi que de structurer fortement nos bribes de connaissances personnelles sur le sujet. De quoi impressionner fortement un jury à l'heure H!(ou l'affliger définitivement !:)) De plus, ce projet - mené à son terme - d'écriture collective peut éventuellement donner des idées d'expériences pédagogiques collaboratives autour de l'écriture sur un site spécialement créé à cet effet.

Le troisième opus pédauquien (Pédauque 3) traite notamment de cette notion émergente de « redocumentarisation » et de cette transition probable vers un « nouvel ordre documentaire », en laissant toutefois cette hypothèse en débat. On trouve également une définition concise et précise de ce phénomène de redocumentarisation dans un texte de Jean-Michel Salaün intitulé « Comprendre et maîtriser la redocumentarisation » .

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet, signalons la parution dans sa version livresque des travaux du collectif RTP-DOC  à  travers deux ouvrages.

Le premier, qui s'intitule  Le document à la lumière du numérique est préfacé par Michel Melot.

Le second, intitulé La redocumentarisation du monde réunit les synthèses des groupes de travail du réseau.

Pour faire le lien avec un billet précédent, je trouve l’approche générale de ce second ouvrage très « médiologique ».En effet, la nouvelle documentarisation qui est décrite dans La redocumentarisation du monde correspond bien à  ces nouvelles « médiations techniques de la culture », objet de la médiologie selon Régis Debray.

On peut également consulter la critique de ces deux ouvrages par Muriel Amar parue dans le BBF n°4 de 2007.

(1)  Les trois entrées retenues reprennent la distinction classique en linguistique entre syntaxique, sémantique et pragmatique (Morris, 1946) : 1) Forme/vu. Déplacement de la question du support vers la question de la structure logique du document ou « contenant »: XML, formats, question de la perception, numérisation et visualisation du patrimoine. 2)  Texte ou signe/lu. Après la question de la structure logique du document, cette entrée traite de la question du « contenu » et du sens: moteurs, ontologies, web sémantique, ingénierie de la connaissance, indexation. 3) Médium/su. Le document comme vecteur de la communication: transformation des notions traditionnelles de publication, bibliothèque (bibliothèques numériques), archives (archives ouvertes), redocumentarisation en cours.

Chacune de ces entrées est traitée de manière pluridisciplinaire par des groupes de chercheurs venant d'horizons différents: sciences de l'information et de la communication bien sûr mais aussi informatique, linguistique, sciences cognitives, sciences humaines et sociales...

(Le blog avait déjà mentionné quelques travaux de ce collectif sur le document le 16 mai 2007 et sur la redocumentarisation le 8 mai 2007)